Babacar Ibn Lamine Seydi

Un rêve et des ailes pour tutoyer le ciel

Temps de lecture : 4 minutes

Avec Babacar Ibn Lamine Seydi, point besoin de se demander s’il y a un pilote dans l’avion. L’homme cumule 8.000 heures de vol avec la Royal Air Maroc. Ce jeune Sénégalais, formé à l’Ecole Nationale des Pilotes de Ligne du Royaume, a fait de son rêve d’enfant son métier. Portrait !

Babacar, comme l’appelle les intimes, est arrivé au Maroc après son baccalauréat pour faire ses classes préparatoires avant d’intégrer une école d’ingénieur à Rabat. Il ne perd pas de vue cependant son rêve d’enfant et l’occasion de le vivre a fini par se présenter.« Ma grand-mère aime souvent raconter que quand j’avais 5-6 ans, je disais partout que je voulais être pilote », souligne ce Sénégalais, seul pilote subsaharien aujourd’hui à la Royal Air Maroc (RAM).

En septembre 2004, son aspiration commence à se faire concrète quand, au terme d’un concours organisé par Air Sénégal International, une compagnie alors détenue à 51% par la RAM et à 49% par l’Etat du Sénégal, il décroche le droit d’entrée à l’Ecole Nationale des Pilotes de Ligne à Casablanca.

Six ans plus tard, Babacar devint pilote de ligne mais pas pour la compagnie qui l’avait initialement recruté et formé. « Nous étions deux promotions de pilotes destinés à Air Sénégal International et quand la compagnie a mis la clé sous le paillasson, la RAM nous a offert l’opportunité de piloter ses avions », raconte-t-il. Chemin faisant, ses autres collègues subsahariens au sein de la RAM sont partis sous d’autres cieux travailler pour d’autres compagnies comme Etihad Airways, Air Sénégal SA ou Sky. Babacar, lui, reste fidèle au poste.

Ses expériences marquantes

Depuis qu’il a commencé à piloter pour la compagnie nationale marocaine, fin 2010-début 2011, le jeune Sénégalais a cumulé quelque 8.000 heures de vol. Alors quand on lui demande ses expériences les plus marquantes en tant que pilote de ligne, Babacar en retient particulièrement deux : « la première expérience s’est déroulée à l’école lorsqu’il a fallu que je pilote un avion tout seul, sans instructeur. Cela m’a vraiment beaucoup marqué. La deuxième expérience marquante s’est produite quand j’ai eu l’opportunité de piloter un avion commercial en équipage. C’était un vol retour Bologne – Casablanca à bord d’un Boeing 737 ».

Entre deux avions et quand il a du temps, Babacar aime écouter de la musique et pas qu’un peu : « J’en écoute énormément et de tous les genres ». Une diversité dans son registre musical qui peut s’expliquer par le fait qu’il se définit comme quelqu’un de curieux de nature. Egalement fan de basketball, Babacar Ibn Lamine Seydi regrette de ne plus avoir du temps pour pouvoir pratiquer ce sport qu’il adore mais il saisit chaque occasion que lui offre son agenda pour taquiner la grosse balle orange.

Un manque de pilote à travers le monde

Sur la demande de plus en plus importante de pilotes dans le monde, Babacar se réjouit d’exercer un métier où les opportunités ne manqueront pas et pour longtemps. « Quand vous faites un métier, il est toujours intéressant que la demande soit supérieure à l’offre. Après la pandémie de la COVID, il y a eu une reprise du marché qui a même dépassé la plupart des prévisions. Il y a eu beaucoup d’opportunités offertes aux gens du métier de l’aviation et pas seulement aux pilotes », confirme-t-il.

Une aubaine dont devrait profiter l’Afrique en mettant en place des stratégies à même de répondre aux besoins exprimés, quand bien même le cursus pour former un pilote de ligne soit long et souvent difficile.

 La première expérience s’est déroulée à l’école lorsqu’il a fallu que je pilote un avion tout seul, sans instructeur.

« En Afrique, comme un peu partout dans le monde, il y a un manque de pilotes. Le trafic aérien ne cesse de se développer et le besoin en avion augmente. La formation est longue et parfois un peu difficile. Tout cela fait que l’on n’a pas assez de pilotes et le déficit au niveau mondial ne cesse de croître », explique Babacar.

Formation des pilotes : ambitions timides en Afrique

S’il reconnaît que le continent a eu par le passé des écoles de référence dans le domaine du pilotage avec notamment l’ex-Ecole Nationale des Pilotes de Ligne du Maroc ou celles de certaines compagnies majeures comme Ethiopian Airlines, le pilote sénégalais regrette que les ambitions soient timides dans certains pays comme le sien.

« L’exemple qui me revient est celui du Sénégal, qui a des ambitions mais c’est encore timide à mon goût. L’Etat avait comme projet de mettre en place une Ecole des Métiers de l’Aéronautique mais je pense qu’ils ont choisi la solution de facilité en confiant la formation des pilotes à l’armée mais sans aucune possibilité, selon moi, d’en faire une école de référence », souligne Babacar.

A l’en croire, si certaines écoles de pilotage ont fermé leurs portes en Afrique, c’est aussi parce que la conjoncture ne permettait peut-être pas de continuer à investir dans ce domaine. Il concède, en effet, qu’ouvrir une école de pilotage nécessite de gros investissements et beaucoup de moyens : avions, inspecteurs… Il admet toutefois que vue la demande, le continent gagnerait à investir ce créneau car l’Afrique ne dispose pas encore d’école de référence de la trempe de l’Ecole Nationale de l’Aviation Civile en France.

Aux jeunes qui rêvent, comme lui enfant, de devenir pilote, Babacar Ibn Lamine Seydi fait savoir qu’il y a plusieurs manières d’y arriver. « Il y a des écoles qui offrent une formation de pilote de ligne, juste après le baccalauréat mais la voie royale est de faire d’abord les classes prépa avant de faire une école de pilotage sur concours. En tout cas, au Maroc, c’était le cas quand l’école de pilotage était encore fonctionnelle. C’est un peu pareil en France mais il est possible de s’inscrire directement à une école de pilotage, après le baccalauréat même si ce sont des études qui coûtent extrêmement chères », précise-t-il. Babacar appelle ainsi les jeunes qui aspirent à devenir pilote à poursuivre leur rêve car les opportunités dans ce domaine sont là et pour des années encore !

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