Réunis le 22 octobre à Casablanca, les professionnels de l’assurance, de la réassurance et de la gestion des risques ont placé la prévention et l’expertise technique au cœur des débats. Avec le Sénégal comme pays à l’honneur, cette deuxième édition de la Conférence africaine sur l’assurance, la réassurance et la gestion des risques industriels et commerciaux (CAARIC) a également mis en lumière les perspectives de coopération entre les marchés africains.
À mesure que l’Afrique développe ses infrastructures, ses industries et ses projets énergétiques, les enjeux liés à la protection des investissements prennent une nouvelle dimension. Comment anticiper les risques associés à des installations toujours plus complexes et garantir la continuité des activités en cas de sinistre ? Mais surtout, comment renforcer les capacités des marchés africains de l’assurance et de la réassurance face à ces transformations ?
Ces questions étaient au cœur des échanges lors de la 2e édition de la CAARIC, organisée le 22 octobre 2026 à Casablanca, à l’initiative d’ELD Risk Consulting.
Réunissant entreprises, assureurs, réassureurs, experts techniques et spécialistes de la gestion des risques, cette rencontre a notamment permis d’aborder des problématiques telles que la cartographie des risques, la prévention des sinistres mais aussi les plans de continuité d’activité, entre autres sujets liés aux nouveaux risques industriels.
Pour El Mustapha Dahmani, Fondateur et Directeur Général d’ELD Risk Consulting, « La qualité de l’assurance commence par la connaissance du risque. » Un constat qui prend tout son sens dans un continent où le développement des infrastructures et la multiplication des projets énergétiques s’accompagnent de risques de plus en plus complexes. Au-delà de la recherche de couvertures d’assurance adaptées, les entreprises doivent pouvoir identifier leurs vulnérabilités et anticiper les conséquences d’un sinistre.
Le Sénégal à l’honneur, une coopération appelée à se renforcer
Lors de cette édition de la CAARIC, les organisateurs ont mis à l’honneur le Sénégal. Un choix qui, selon El Mustapha Dahmani, traduit « une volonté de renforcer les liens entre professionnels marocains et sénégalais, dans un esprit de coopération africaine et de partage d’expérience.» Il permet également d’ouvrir un cadre d’échanges autour des enjeux des marchés de la zone CIMA (Conférence Interafricaine des marchés d’assurance), où le Sénégal occupe la 2e place derrière la Côte d’Ivoire.
La délégation sénégalaise comptait notamment Mohamed Kanté, Directeur du Développement International de la Société sénégalaise de réassurances (SENRE), ingénieur en prévention des risques, ainsi que Ibrahima Wane, Directeur Général de One Consulting et ancien Directeur Général de Finafrica Assurances au Sénégal, en présence du Vice-consul du Sénégal au Maroc, Mama Diène Thiaw.
Pour Mohamed Kanté, cette participation a permis aux professionnels sénégalais de partager leurs expériences, mais aussi de confronter leurs pratiques à celles d’autres marchés africains et européens. Une démarche particulièrement utile dans un secteur confronté à des défis communs comme l’émergence de nouveaux risques industriels et technologiques, les besoins croissants en réassurance et la nécessité de renforcer les compétences techniques.

Invité à intervenir sur la visite et l’appréciation des risques industriels en Afrique, avec un éclairage particulier sur le Sénégal et la zone CIMA, il a insisté sur la nécessité de renforcer l’expertise technique en parallèle du développement des capacités financières. Selon lui, les défis concernent aussi bien la qualité des informations disponibles au moment de la souscription des contrats que la disponibilité des compétences en ingénierie des risques, le suivi des recommandations de prévention ou encore l’intégration de ces analyses dans les décisions des assureurs et réassureurs.
L’enjeu est de mieux identifier les scénarios de sinistres majeurs, d’évaluer les niveaux d’exposition et d’accompagner les entreprises dans la durée. Cette approche suppose de faire évoluer la gestion des risques d’une logique principalement centrée sur l’indemnisation vers une démarche davantage fondée sur l’anticipation et la prévention.
Données et intelligence artificielle : de nouvelles perspectives pour les assureurs
Parmi les pistes évoquées lors de cette édition, l’utilisation des technologies et de l’intelligence artificielle pourrait contribuer à améliorer l’évaluation des risques industriels. Mohamed Kanté souligne notamment le potentiel du croisement des données de géolocalisation avec des informations climatiques, géologiques, hydrologiques ou satellitaires.
Ces outils pourraient permettre aux assureurs et réassureurs de dépasser l’analyse individuelle d’un site industriel pour disposer d’une vision plus globale des risques auxquels leurs portefeuilles sont exposés. Cette évolution ouvre des perspectives pour l’amélioration des décisions de souscription, l’allocation des capacités de réassurance et le renforcement de la résilience des entreprises.
Elle soulève également la question du développement des compétences techniques et de l’accès à des données fiables, indispensables à une utilisation pertinente de ces technologies.
Au-delà des avancées technologiques, le renforcement de la prévention et de l’expertise technique passe aussi par une coopération plus étroite entre les professionnels africains. Formations communes, échanges d’expériences et partage de compétences figurent parmi les pistes évoquées pour mieux accompagner les entreprises face à des risques en constante évolution.
Une dynamique qu’ELD Risk Consulting souhaite inscrire dans la durée. « Nous souhaitons faire de la CAARIC un rendez-vous régulier de partage d’expertise et de mise en relation, dont les échanges débouchent sur des actions concrètes », conclut El Mustapha Dahmani.
